Nous prenons notre dernière tranche du transsibérien pour rejoindre la capitale Oulan-Bator, en Mongolie.

La chance est avec nous…et quelle chance ! Je vais peut-être enfin soigner mon problème de ventre après ce mois !

Dans le Transsibérien en direction de la Mongolie, nous entendons un groupe de Mongols alcoolisés dans la cabine collée à la nôtre. Ils semblent faire la fête et sont littéralement tellement ivres qu’ils ne tiennent plus debout.

Nous sympathisons : il s’agit des directeurs de chaque hôpital spécialisé de la capitale Oulan-Bator, membres du ministère de la Santé, en retour de voyage pour un symposium en Russie.

Je ne sais pas si je dois être rassuré ou non, ces personnes représentant l’élite de la nation concernant la santé.

Le directeur de l’hôpital spécialisé dans les maladies zoonotiques nous demande d’attendre que son collègue, le directeur du centre des infections bactériologiques et virales se réveille et soit sobre, au petit matin.

“C’est une tradition mongole : saoulez-vous dans le train pour faire passer le temps !”

Le matin, le directeur nous donne sa carte et nous demande de l’appeler une fois à la capitale pour nous soigner et nous faire passer sans rendez-vous, en priorité.

Nous arrivons à l’accueil de l’hôpital le lendemain. Nous demandons à l’accueil : “Hello, can you speak English ?”

La secrétaire nous observe très froidement et répond : No.

Elle retourne vaquer à ses occupations et nous ignore. Nous décidons de tenter notre chance en utilisant notre dernier recours, notre arme ultime…notre « cheat codes », nous appelons le ministère de la Santé, le directeur de cet immense centre au téléphone…était-ce du bluff ? Se souviendrait-il de nous ? Suspens…

Il décroche. Je me présente de nouveau…il se souvient, s’excuse pour le malentendu, et me demande de lui passer la secrétaire.

Sa tête en prenant le téléphone est digne d’un film comique. Elle passe littéralement d’un visage énervé, renfrogné, à une stupeur et une honte, main devant sa bouche.

Elle quitte son poste et nous demande de la suivre, nous marchons 10 minutes à travers les bâtiments et sommes reçus par la secrétaire personnelle du directeur qui nous fait asseoir dans son bureau, nous proposant thé, café.

Le directeur me rappelle sur son propre téléphone, m’indiquant être désolé, qu’il ne peut pas venir pour l’instant, mais nous demande d’attendre dans son bureau, qu’il a appelé son meilleur médecin pour me prendre immédiatement en charge. Nous sommes traités comme des invités de marque…quelle chance, la guérison est proche.

Nous patientons dans ce luxueux bureau, et notons que cet homme, chercheur en maladies bactériennes et virales à éradiqué 8 ans auparavant un puissant virus présent en Mongolie, en attestent les nombreux certificats et diplômes présents dans son bureau.

Entre de bonnes mains !

Le médecin arrive, et la providence avec lui. Je le sens.

Il me fait faire une batterie d’examens, des prélèvements et nous demande de repasser au lendemain.

Le jour d’après, il m’appelle, le verdict est tombé : je suis infecté par une souche très violente d’une bactérie E.coli, pouvant mener à la mort rapidement par diarrhées hémorragiques…rassurant. La cause : une viande mal cuite !

Le directeur viendra nous trouver avant notre départ pour nous souhaiter bonne route et nous l’inviterons à boire un verre pour le remercier de sa gentillesse.

Nous avons de fiables amis mongols décidément…à tel point que nous demandons au directeur s’il peut prendre en charge un ami colombien rencontré la veille et malade depuis 2 semaines…il appelle devant nous un médecin, qui prend directement notre ami en charge…

Le traitement est mis en place depuis 2 jours, je me sens déjà mieux. Nous allons pouvoir continuer le voyage à travers les steppes mongoles !

Nous découvrons avec stupeur la ville d’Oulan-Bator, point de passage obligatoire pour se rendre…à peu près partout en Mongolie ! Cette ville n’est décidément pas faite pour nous.

À vrai dire, vraiment pas faite pour un être humain et pour cause, c’est la ville qui est considérée la plus polluée au monde.

Extrait d’un journal :

Face à l’épais brouillard gris-brun qui recouvre Oulan-Bator, capitale la plus froide et la plus polluée au monde, un juteux business se développe, promettant aux Mongols de lutter contre les effets du “smog” (brouillard de pollution) sur la santé.

En Mongolie, à Oulan Bator, la situation est telle qu’on a commencé à vendre des cocktails à l’oxygène !

C’est un business qui se porte très bien dans la capitale mongole. Dans les supermarchés d’État vous pouvez acheter, pour moins de deux euros, des petites bombes aérosol bleues sur lesquelles est écrit : “L’air, c’est la vie.” Un joli slogan. Le petit aérosol est équipé d’une sorte de paille, que vous glissez dans un jus de fruits. Vous appuyez, et hop, vous obtenez un cocktail aéré, oxygéné. Des pubs prétendent qu’une seule de ces boissons équivaut à une marche de trois heures en forêt. Vous avez aussi des machines, comme des machines à café, mais celles-là mettent de l’oxygène dans vos breuvages. On en trouve notamment en pharmacie, ce qui laisse croire aux habitants d’Oulan-Bator que c’est médicalement validé.

Alors que ça ne l’est pas…

Évidemment non. Et l’OMS met en garde contre ces soi-disant bénéfices. D’autant qu’Oulan-Bator a gagné le titre de capitale la plus polluée au monde, devant New-Dehli et Pékin. En tout cas pendant les mois d’hiver. Avec des températures à moins 20, moins 30 et les deux tiers de la ville qui sont en fait des bidonvilles de tentes, des yourtes chauffées au mieux avec un mauvais charbon (un million de tonnes de charbon brûlé chaque année) et les plus pauvres, qui n’ont pas les moyens d’en acheter, se chauffent en brûlant des pneus et des déchets plastiques. Résultat, en janvier le gouvernement a mesuré la quantité de particules fines dans l’air. La pollution était 133 fois au-dessus de la limite fixée par l’OMS.

On imagine que les conséquences sur la santé des habitants sont catastrophiques…

Bien sûr. Imaginez : on détecte des pneumonies chez des nouveau-nés de deux jours. Il est probable que leurs bronches aient souffert in utéro. Selon l’UNICEF, c’est la deuxième cause de mortalité chez les enfants de moins de cinq ans. Ceux qui le peuvent, installent des purificateurs d’air chez eux. Et le gouvernement, la semaine dernière, a annoncé sa décision d’interdire d’ici 2019 la combustion de charbon de mauvaise qualité dans la capitale. Ce qui semble totalement illusoire en l’état actuel des équipements et de la pauvreté des habitants. Aujourd’hui, 80% de la pollution de la ville est due à ces poêles domestiques.

Nous nous trouvons donc dans une capitale où l’air est réellement irrespirable. À chaque coin de rue, nous suffoquons. Les habitants portent des masques, nous comprenons pourquoi et les imiterons rapidement pour pouvoir respirer un minimum.

Musée des Dinosaures

La ville en elle même est sombre et ne présente pas de réel intérêt. La place Gengis Khan, une grande place totalement vide avec en son milieu une statue du célèbre conquérant représente la majorité des points intéressants de la ville.

La place Gengis Khan

Parlant de Gengis Khan, les Mongols semblent très fiers du fondateur de l’empire mongol, le plus vaste empire continu de tous les temps. Toutes les peintures, les statues, les chansons en passant par les noms des rues, des restaurants jusqu’à la marque de leur bière ne portent qu’un seul et unique nom récurrent : Gengis Khan ! Nous rencontrons beaucoup de personnes, âgées, ou plus jeunes, le discours est toujours le même : le grand, le magnifique Gengis Khan. Ils apprennent l’histoire de ce personnage à l’école primaire, au collège ainsi qu’au lycée et à l’université ! Imaginez un peu des professeurs vous bassiner avec Napoléon pendant toute votre vie étudiante ! (rire)

Un temple bouddhiste brise la monotonie en marchant jusqu’au sommet de la colline surplombant la ville, dans lequel nous nous ressourçons dans la cacophonie interminable de cette ville.

Le temple

Nous restons 2 jours à explorer la ville, et découvrons également ce que les Mongols appellent le “Black Market” de Narantuul, une véritable caverne d’Ali-Baba où il est possible de trouver à peu près tout ce que vous recherchez. Le marché est ouvert toute la semaine sauf le mardi. Un véritable souk dans lequel il est plaisant de se promener et se laisser transporter par toutes les antiquités mongoles, parfois moins authentiques et un peu chinoises.

Black Market

Nous parvenons à acheter quelques bibelots que nous nous permettons de mettre dans nos sacs, car nous apprenons la nouvelle : mon père aimerait nous rejoindre au Japon. Nous en profiterons donc pour délester nos sacs à son retour en France ! D’abord les parents de Sehriban en Estonie, à présent mon père, la famille autour du monde, c’est super !

En Mongolie, nous continuons le stop, mais il est parfois très compliqué, et nous sommes contraints de nous adapter au coutumes locales. En effet, c’est un des seuls pays connus où l’autostop est payant. Absolument tous les locaux se déplacent en stop comme en Roumanie, le bras levé pour intercepter une voiture. Les chauffeurs, à l’inverse de la Roumanie, ne font aucune différence entre les locaux et les étrangers, c’est 1000 tugriks (30 centimes d’euro) le kilomètre ! Parfois il est possible de se faire prendre comme à notre habitude en stop gratuit, mais nous jouons le jeu et payons quand on nous le demande.

Nous décidons de rejoindre Kharkhorin, l’ancienne capitale de Gengis Khan connue à l’époque sous le nom de Karakorum. Nous sortons de la ville par le sud-ouest et abandonnons quelque temps la capitale. Les steppes se dévoilent à nous, comme dans nos rêves : de l’herbe à perte de vue, des collines, des animaux en liberté, les fameux chevaux mongols, une sensation de bien être omniprésente. Il ne semble y avoir aucune limite à cette nature, si ce n’est les nombreux déchets qui jonchent la Mongolie. En un mois sur le territoire, nous peinerons à trouver des endroits exempts de déchets plastiques, les Mongols n’ayant pas la même priorité que l’occident, et c’est compréhensible, laissent au sol ces derniers et les brûlent parfois. Comme de nombreux pays d’Asie, la Mongolie ne fait pas exception.

Nous arrivons à Kharkhorin après 6 heures de route. Kharkhorin dans la région de l’Övörkhangai. Nous logeons dans une GER, et non pas “yourte”, l’appellation russe. L’élément le plus important de la vie nomade mongole est sans aucun doute le GER. Bien que depuis la seconde partie du xxe siècle, la Mongolie se soit fortement urbanisée, plus d’un million de Mongols continuent à vivre dans leur habitat traditionnel, que ce soit les nomades à la campagne ou les habitants permanents des villes et villages.

Nous sommes reçus par Suvd et sa famille et rencontrons deux autres Français voyageurs de Bretagne : Colin et Eddie, avec qui nous passerons une grosse partie de notre séjour en Mongolie.

Nous visitons le monastère d’Erdene Zuu, probablement le monastère bouddhiste de l’école Gelugpa du bouddhisme tibétain le plus ancien de Mongolie.

Le monastère d’Erdene Zuu

Nous avons dans l’idée d’acheter un cheval pour parcourir les steppes à pied pendant une dizaine de jours. C’était l’idée, mais il arrive que tout ne se passe pas comme prévu, pour une fois !

Le lendemain, nous rencontrons une éleveuse de chevaux mongols, qui nous propose de nous montrer son troupeau. Nous sommes à la recherche d’un cheval de bât, pour porter nos deux sacs à dos, de la nourriture et de l’eau pour partir en autonomie dans les steppes. Après une vingtaine de kilomètres en voiture, nous parvenons jusqu’à son troupeau. C’est magnifique de voir ces chevaux paître dans des steppes à perte de vue. En Mongolie, aucun animal ne connait de laisse, de longe, de corde. Ici, c’est la liberté. D’ailleurs, notre éleveuse mettra un certain temps à retrouver son troupeau, parti crapahuter assez loin.

Nous arrivons au troupeau, elle nous montre 3 chevaux aptes à être bâtés, ce qui est spécifique. Un cheval de monte, et un cheval de bât nécessitent une éducation différente.

C’est un cheval de 16 ans, de couleur marron clair, qui sera notre compagnon de route…du moins pour un court instant. En Mongolie, les Mongols ne donnent pas de nom à leurs chevaux. C’est par leurs couleurs qu’ils les désignent. Le nôtre, par sa couleur, se prénomme Khongor.

Khongor, notre ami porteur

L’idée étant d’acheter le cheval et de le revendre au même prix voire un peu en dessous, cela ne devrait pas entamer nos économies.

Un million de Tugriks (320€), c’est le prix d’un cheval en Mongolie. Nous avons négocié le prix de l’équipement inclus avec Khongor (normalement 80€ d’équipement). Nous faisons des emplettes pour tenir une semaine en autonomie, et passons la nuit dans la steppe, Khongor à côté de la tente. Jusqu’ici, tout va bien.

Au petit matin, nous préparons notre équipement, fixons tout sur notre nouvel ami, et partons marcher dans la vallée de l’Orkhon, avec comme objectif de parcourir quelque 200 kilomètres dans la vallée en une semaine. Mais nous allons vite devoir changer nos plans.

Les steppes à perte de vue

Après une vingtaine de kilomètres de marche à travers la vallée, nous remarquons quelque chose que nous n’avions pas vu la veille : Khongor présente une blessure ouverte au niveau de son grasset, sous la cuisse. Une blessure qui semble assez vieille, en train de se rouvrir. Mince.

Nous appelons l’éleveuse, elle nous indique ne pas être au courant, et nous demande de continuer d’avancer, les blessures des chevaux étant banales en Mongolie. Pour nous, notre conscience occidentale prend le dessus, la blessure est suintante, dégoulinante de sang, et les sangles frottent par dessus, le cheval encaissant la douleur sans broncher. Hors de question de continuer 1 semaine à faire souffrir Khongor, nous rentrons en direction de Kharkhorin, et c’est après 40 kilomètres de marche et un compagnon fatigué que nous arrivons le soir.

Les squelettes, rappelant l’hostilité des steppes !

Une violente pluie s’abat sur Kharkhorin et l’éleveuse nous indique ne pas pouvoir revenir en ville, les chemins inondés empêchant tout déplacement en voiture. Nous l’attendons jusqu’au lendemain et soignons notre cheval en l’amenant dans une pâture dans la steppe où il restera la nuit à brouter de l’herbe bien verte.

Le lendemain, l’éleveuse revient, elle accepte de reprendre Khongor et nous rend notre argent (ce qui est inattendu), le cheval rejoignant ses congénères dans les steppes. Elle reconnaîtra avoir manqué la blessure lors de l’achat, et s’excusera que la plaie ait été cachée par les sangles de la selle. Tant pis, le principal pour nous étant que Khongor se soigne.

De retour chez Suvd, nous rigolons. Nos deux amis bretons ont tenté eux d’acheter deux chevaux (de monte) pour parcourir les steppes à dos de cheval, mais revendront également les leurs et pour cause : Les deux chevaux étaient de vraies piles électriques sur pattes, faisant du rodéo pour faire tomber leurs cavaliers bretons. Nous apercevons un Mongol tenter de monter sur un des chevaux : même lui ne parvient pas à contrôler la bête. Et si un Mongol n’y parvient pas, ce n’est pas un Breton qui y arrivera ! (rire) décidément, l’aventure équine aura été très brève pour eux aussi ! Tout dépend de la bête sur laquelle vous tombez. À titre d’exemple, nous avons croisé deux Français avec un cheval très calme qui parcourt les steppes depuis…2 mois ! Rien que ça !

Une autre opportunité s’offre à nous pour explorer la vallée d’Orkhon le lendemain. Nous apprenons que dans cette région se trouve une trace de la première stèle avec des inscriptions de l’alphabet de l’Orkhon, la plus ancienne écriture connue employée pour noter le turc, l’occasion unique pour Sehriban de contempler ses origines ! L’éleveuse nous propose de louer une moto chinoise, le seul moyen de se rendre à 40 kilomètres vers le nord pour trouver ces stèles, aucune voiture ne se rendant sur place. Nous acceptons de louer une moto pour 3 jours, seul problème : je n’ai pas le permis, et ne suis jamais monté sur une moto de ma vie. Pas de soucis, on avisera en temps voulu.

La moto en main, nous disparaissons sous les yeux de l’éleveuse en faisant avancer la moto comme l’on tient un vélo à côté de nous, n’ayant aucune idée de comment cela fonctionne. Isolé dans un coin, je cherche sur Google “Comment passer les vitesses à moto”, étant le plus important. Un petit tutoriel “pour les nuls” m’expliquera les rudiments des deux roues, et après 5 minutes de vidéo, je me lance et commence mon autoapprentissage. 3 minutes suffisent pour comprendre comment une moto fonctionne, tout cela étant parfaitement logique, et puis…quoi de mieux que des steppes à perte de vue pour rouler ? Familiarisé avec le passage des 5 vitesses et de la rétrogradation, Sehriban monte derrière et c’est parti, direction les stèles turques.

“Comment conduire une moto”.

La route est tout simplement à nous. Nous ne croisons personne sur les 40 kilomètres de route, très peu de gens se déplaçant dans ces zones perdues.

Nous y voilà : perdue en plein milieu des steppes de Mongolie, peu connue et oubliée, se trouve ni plus ni moins l’origine même de la Turquie !

Arrivés au stèles !

L’alphabet de l’Orkhon est la plus ancienne écriture connue employée pour noter le turc. Il a été développé par les kökturks, un groupe turc qui fonda en haute Asie le premier empire à porter le nom de “Turc”, au milieu du VIe siècle. Les plus anciennes traces de cet alphabet sont les inscriptions de l’Orkhon, de la vallée du même nom, en Mongolie.

Nous sommes parvenus à trouver la première stèle avec les inscriptions runiques rappelant celles des Scandinaves.

Ces deux mémoriaux ont été érigés en l’honneur de Bilge Khan, un homme politique célèbre de l’est de l’empire Turc (734), et de Kul Tegin, commandant en chef des forces armées turques et frère cadet de Bilge Khan (731).

Khöshöö Tsaidam est le plus important vestige archéologique connu de l’Empire turc.

Deux siècles et demi après leur chute, les tribus turques quittèrent la Mongolie et atteignaient l’Anatolie, actuelle Turquie !

Une parenthèse historique très enrichissante et riche en émotion. Il est incroyable de se dire que l’homme ait gravé ces stèles plus d’un millénaire avant nous.

Après nous être imprégnés de l’endroit, nous retournons chez Suvd à Kharkhorin où nous retrouvons nos deux amis bretons. La vie dans les GER est vraiment inspirante et passionnante pour moi. L’autonomie alimentaire est vraiment bien représentée. Les Mongols se nourrissent essentiellement de viande. Ici, pas de gâchis, on manche absolument tout, que ce soit les intestins, les abats et même le gras. La boisson nationale, c’est l’Arkhi, une eau-de-vie obtenue à partir de l’airag, une boisson similaire au Kéfir de lait. On nous en proposera à de nombreuses reprises.

Vodka…Gengis Khan, évidemment !
La petite dernière de la famille, dont Sehriban parvient à calmer les pleurs !

Après cette semaine passée dans la région de l’Orkhon, nous devons rejoindre le sud, plus précisément la ville de Dalanzadgad. Nous décidons de nous y retrouver avec nos deux amis bretons, avec comme objectif de trouver un local connaissant parfaitement le désert de Gobi, pour nous le faire découvrir.

Un Ovoo, totem chamanique !

Après 10 heures de route, nous parvenons à Dalanzadgad, la ville la plus proche du désert de Gobi. Nous sommes rapidement mis en contact grâce à une guesthouse locale avec un habitant connaissant le désert comme sa poche. En Mongolie, il est inutile de passer par un tour opérateur. Quand on sait que ces sociétés vous font partir d’Oulan-Bator et peuvent vous faire payer jusqu’à 500 euros pour 3 jours dans le désert de Gobi, alors qu’en trouvant un chauffeur local, cela peut vous revenir à 50 euros les 4 jours, soit…10 fois moins chers. C’est ce que nous parviendrons à faire.

Nous partons au lendemain avec nos amis bretons et notre chauffeur Batbayar en direction du Gobi, après avoir pris soin d’acheter de quoi être en autonomie alimentaire. Nous découvrons ainsi Bayanzag, avec son air de grand canyon, réputé pour ses fossiles et ses œufs de dinosaure datant de plus de 70 millions d’années, ainsi qu’une autre région volcanique avec de nombreux pétroglyphes datant de la préhistoire.

Le premier soir, notre chauffeur se doit de se trouver une GER pour l’accueillir, et pour cause, nous dormons pour notre part en autonomie dans nos tentes, mais par des nuits glaciales, notre chauffeur a besoin d’un gîte pour dormir. C’est ainsi qu’il s’arrête au milieu de nulle part dans la première GER que nous apercevons. Nous arrivons pile au moment du marquage au fer rouge des jeunes poulains. Ayant besoin d’aide, nous aiderons avec Colin à retourner les chevaux au sol et les immobiliser pour les marquer au fer.

Marquage au fer rouge !

La nuit tombée, les Mongols mettent à mort un mouton, d’une façon particulièrement cruelle à mon goût : La mise à mort consiste à ouvrir le ventre de l’animal conscient et entravé, plonger sa main droite dans les entrailles de l’animal vivant et arrêter le cœur avec sa main, l’animal souffrant et suffoquant dans une douleur que l’on aimerait mieux ne pas imaginer.

L’animal est dépecé sur place, et absolument tous les organes sont conservés et seront consommés. Nous décidons d’acheter une pièce de viande, le circuit le plus court de l’histoire de la boucherie !

Nous sommes invités à partager l’Airag, du Arkhi ainsi que des fromages de leur confection.

Fromage, et un genre de croûte de lait, délicieux !

Nous installons notre tente, allumons un feu, et faisons cuire la viande sur une pierre, directement dans le feu. Un délice. Les Mongols nous rejoignent rapidement et nous passons une soirée à danser, chanter et partager des bières et de la nourriture autour du feu, dans une ambiance décontractée et reposante.

Le lendemain, la chance nous sourit Eddie et moi. En l’espace de 5 minutes, nous trouvons mutuellement au sol une rose des vents et une petite géode d’Améthyste. Le désert de Gobi et ses trésors. Un souvenir de plus pour la France.

Nous repartons en direction du Nord, et rejoignons en quelques heures les célèbres Dunes de Khongor. Incontestablement l’un des paysages les plus spectaculaires du désert de Gobi, elles sont plus connues sous le nom de dunes chantantes en raison du son grave et harmonieux qu’elles produisent, provoqué par des avalanches de sable dévalant leurs pentes abruptes. Réputées pour le mélange de couleurs qui les caractérise, ces gigantesques amas de sable offrent un tableau unique composé de jaune pâle, mais aussi de vert et de bleu grâce aux oasis délimités par la rivière Khongor.

Nous passons la nuit à dormir au pied des dunes, après une bonne soirée autour du feu à 4, notre chauffeur nous ayant abandonné la nuit pour se trouver une GER où dormir.

Se réveiller au pied des dunes, s’étirer, respirer l’air frais, et monter au sommet pour observer la vue matinale, cela n’a aucun prix.

Le troisième jour, nous rejoignons, plus à l’Est, le canyon de Yol. À une altitude de 2500 mètres, le canyon de Yol forme une gorge si profonde et étroite qu’à certains endroits, seules deux personnes peuvent y passer en même temps. L’eau y forme quatre petites cascades. Malgré l’ensoleillement de la région, le canyon reste sombre, si bien qu’au fond, une partie de la rivière reste la majeure partie de l’année prise dans une épaisse couche de glace.

Les voyageurs peuvent y découvrir les glaciers permanents, les plantes endémiques et les animaux rares. Les léopards des neiges et d’autres prédateurs occupent également la région de la vallée de Yol, bien que nous n’en ayons pas vu, malheureusement !

Nous passons notre dernière nuit dans la vallée, et rejoignons Dalanzadgad le lendemain midi, des étoiles plein les yeux. Il est intéressant de rappeler que le désert de Gobi n’est pas un désert que se compose que de sable comme beaucoup l’imagine. Il y a en effet une partie avec les dunes, environ 5%, mais le reste est un immense paysage vallonné, caillouteux, qui s’étend à perte de vue avec parfois une yourte perdue en plein milieu. On peut rouler des heures sans croiser signe de vie.

Il est temps pour nous quatre de rentrer à Oulan-Bator, et pour cause, nous avons l’immense privilège -si nous y arrivons à temps- de participer au festival des aigles-chasseurs kazakhs. Le seul moyen d’y aller, c’est en bus et en avion. Parfois des routes, mais la plupart du temps non, pour se rendre à Olgii, il faut rouler directement à travers les steppes, en off-road.

Nous arrivons à Oulan-Bator après 10 heures de trajet, et réussissons à réserver un ticket pour parcourir les 1800 kilomètres qui nous séparent de l’Altaï, la chaîne de montagnes Russo-mongole. Le départ est pour le surlendemain. En attendant, nous prenons le temps de nous promener dans la capitale, et passons la majorité de notre temps au Black market à chiner.

Le jour J arrive, nous embarquons pour Olgii, et c’est parti pour la plus longue distance jamais parcourue en Bus : 36 heures. Le chauffeur marque de nombreux arrêts dans des petits camps dans lequel nous pouvons nous ravitailler, et après cet interminable trajet, nous posons le pied dans cette région montagneuse qu’est l’Altaï.

Olgii est une ville où la culture de l’aigle est très présente. Tout ici rappelle la présence de cet animal de légende : statues, musée, affiches publicitaires, fêtes scolaires, noms de restaurants ou d’hôtels. Plus de Gengis Khan ici, c’est l’aigle qui domine !

Olgii

Aucune agriculture n’est vraiment possible ici, faute de pluie. De nombreux éleveurs nomades y vivent, grâce à leurs immenses troupeaux de moutons et de chèvres dont ils tirent la précieuse laine de cachemire. Il resterait actuellement plus de 35 000 Kazakhs, qui peuplent à 95% cette province déshéritée, une région oubliée de la capitale et des dirigeants de la Mongolie.

Nous plantons notre tente au bord d’une rivière, pêchons du poisson et passons une agréable soirée. Quelques aigles-chasseurs passeront nous rendre visite pour nous demander…de la Vodka ! Une fois par semaine, l’alcool est interdit dans beaucoup de villes de Mongolie, et c’est pile ce jour, impossible donc d’en acheter.

Nous passons la nuit par -10 degrés, confortablement au chaud dans nos sacs de couchage et nous réveillons à quelques centaines de mètres du festival qui se réveille, entourés des montagnes. Nous apprendrons par la suite que l’entrée au festival est payante, 30 dollars par personne pour 2 jours. Par chance, nous sommes venus la veille sans savoir cela et nous sommes installés au bord de la rivière, directement collée au festival, nous n’avons donc pas eu à nous acquitter de l’entrée, le contrôle se faisant en amont dans la vallée au petit matin.

Il existe deux festivals de l’Aigle en Mongolie. L’un à Sagsaï. L’autre à Ölgii, le premier dimanche et le premier lundi du mois d’octobre.

Ces festivals existent depuis plus de 2000 ans. À l’origine, c’était pour honorer les aigles chasseurs, qui aidaient les Mongols (les Kazakhs exactement) à se nourrir pendant l’hiver. Ils s’assuraient ainsi la protection des esprits qui guideraient leurs aigles vers les proies, mais aujourd’hui, c’est devenu un sport national ! Il y a des centaines de participants, qui sont jugés sur différents critères, et défilent face à un jury. Les éléments observés sont, en résumé : la rapidité d’envol de l’animal, la capacité de repérage de la proie, la façon dont l’aigle plonge en piqué pour l’attraper, la coordination maître-aigle… et bien d’autres choses encore.

Des vendeurs kazakhs vendant différents produits locaux, des peaux, de la nourriture agrémentent le festival.

Le programme est globalement le suivant sur les 2 jours :

  • Golden Eagle Competition – avec appât
  • Golden Eagle Competition – atterrissage sur le bras du maître au galop
  • Course de chevaux
  • Course de chameaux
  • Tir à l’arc
  • Tenge Ilu – concours équestre de capture de pièces de monnaie au sol
  • Kiz-Kuar – une autre compétition équestre dont je n’ai pas vraiment saisi le principe.
  • Kuk- Bar – compétition de peau de chèvre entière. Une autre compétition équestre, dans laquelle chaque équipe essaie d’arracher la peau de chèvre et de la livrer à la zone désignée.

Pendant le festival, des aigles-chasseurs, on en croise aussi dès l’âge de 5 ans, avec son petit aiglon, montant à cheval avec une aisance déconcertante !

Ce petit bout n’est pas en reste, très bien positionné dans la compétition et devançant de nombreux chasseurs adultes !

L’épreuve dans laquelle ce petit excelle est le rappel à distance, non sans me rappeler mon activité d’éducateur canin.

L’épreuve consistait à déposer son aigle au sommet d’une petite montagne, de descendre à cheval tout en bas et se positionner au choix dans un cercle plus ou moins éloigné (le plus loin donnant le plus de points) puis de rappeler son aigle par un cri très spécifique et personnel.

Là où beaucoup ont échoué, cet enfant a excellé !

Nous avons aussi eu la chance de rencontrer Aisholpan, cette jeune fille issue d’une famille de chasseurs à l’aigle depuis sept générations et qui a voulu suivre leurs pas. Elle est célèbre pour avoir été suivie et filmée pour le film documentaire “La jeune fille et son aigle” que nous vous invitons à regarder !

Avec l’aide de son père Nurgaiv, elle apprend à dresser des aigles royaux, puis capture et entraîne son propre aiglon. Malgré le scepticisme et la réprobation qu’elle doit affronter de la part d’une communauté exclusivement masculine, elle devient la première chasseuse féminine à participer au championnat du Festival annuel des Aigles royaux, qu’elle remporte, son aiglon ayant pulvérisé le record de vitesse d’une des épreuves.

Après la compétition, elle franchit la dernière étape de sa formation de chasseuse à l’aigle en voyageant durant l’hiver avec son père vers les montagnes, afin de chasser le renard tout en bravant la neige abondante et le froid extrême. Après quelques premiers échecs, son aiglon réussit à tuer son premier renard, après quoi Aisholpan rentre chez elle.

Aisholpan

Le festival terminé, nous quittons nos deux amis bretons avec qui nous aurons passé une bonne partie du mois. C’est toujours agréable de passer du temps avec des amis sur la route, et nous nous recroiserons sûrement dans le futur !

Bye bye les bretons !

Nous avions prévu d’entrer en Chine par le sud, étant actuellement collés à la frontière chinoise, c’est perdu : impossible de passer la frontière, il n’existe qu’une seule et unique entrée, via Oulan-Bator. Décidément, cette ville ne veut pas nous lâcher.

La Mongolie. Un pays incroyable. Nous avons été dépaysés à un point incomparable avec les pays précédents. Nous sommes cependant heureux de quitter ce pays pour la chine, et la raison : la nourriture. Les Mongols ne mangent que de la viande, du riz, des pâtes. Si j’adore cette nourriture, cela manque tout de même cruellement de fruits et de légumes, et j’ai ouï dire que la Chine n’était pas en reste concernant ceux-ci. Nous avons testé à peu près toutes les spécialités mongoles pendant ce mois-ci, et ce fut un délice, mais je me surprends à rêver de FRUITS. Il est temps de te quitter, incroyable Mongolie, merci de nous avoir laissés crapahuter sur ton sol !

Nous arrivons à la fin de notre visa, direction : La Chine !

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1 Comment

  1. Très beau texte, très belle aventure. Bravo..A vous la Chine maintenant

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