D’après la mythologie grecque, le titan Prométhée, après avoir volé le feu sacré de l’Olympe, aurait offert le feu aux Hommes. Furieux par cette tromperie, Zeus l’aurait attaché à un rocher sur le mont Caucase, son foie dévoré par l’Aigle du Caucase chaque jour et renaissant la nuit. Il s’agit du fameux toit de l’Europe, le mont Elbrouz, et non le Mont Blanc comme on pourrait le croire 😊

Situé au nord du Caucase en Russie, Elbrouz est le point culminant de cette chaîne de montages avec ses 5642 mètres et marque la frontière entre l’Asie et l’Europe. Un volcan ayant connu des éruptions jusqu’au début de notre ère !

Attirés par ce titan, et techniquement faisable sans guide, nous nous sommes dépêchés d’obtenir nos visas Russes, afin d’arriver sur place mi-août. La meilleure saison étant juillet-août.

Débutants que nous sommes, le versant méridional par le village de Terskol, semble être le meilleur choix pour l’ascension de par sa facilité, bien que n’étant pas le versant le plus attrayant.

Chose dite, chose faite, nous voilà dans le train en direction de Mineralnye Vody ! De mon côté, la pression monte. L’excitation et la nervosité me gagnent au fur et à mesure que nous approchons la frontière Géorgienne.

Arrivés à Terskol, nous nous enregistrons auprès des autorités locales et louons le matériel nécessaire. L’après-midi, nous commençons notre acclimatation en allant jusqu’à la cascade du chemin de l’observatoire. Malgré les nombreux déchets qui jonchent le début du parcours, le décor est bucolique. Des montages à pertes de vue, des rochers magnifiquement dessinés par l’érosion, un berger et ses moutons, et pour finir une cascade qui apporte un peu de fraîcheur sous le soleil de plomb. Un paysage digne du seigneur des agneaux, où l’on pourrait voir Gandalf chevauchant au loin.

Le lendemain, l’ascension peut commencer ! Armés de nos munitions, nous nous rendons au premier refuge à 3800 mètres et trouvons de la place pour y dormir. Ce refuge est facilement accessible par téléphérique, d’ailleurs beaucoup de touristes viennent admirer la vue en short et t-shirt malgré le froid, sacrés Russes ! Des magasins de souvenirs, un café, des touristes, et beaucoup de déchets comme dans le village mais une vue sublime et dégagée sur les deux pics du Mont Elbrouz.

Nous rencontrons deux amis Russes, novices eux aussi, souhaitant faire l’ascension sans guide également. Me voilà soulagée, nous ne serons pas seuls ! Le ventre plein, nous décidons de faire un petit bout de chemin pour nous acclimater.

Des groupes d’alpinistes s’attaquent au sommet

La route est bien tracée par les tracteurs équipés de chenilles et les alpinistes sont nombreux.

Le temps laisse à désirer… L’orage gronde, la visibilité est nulle. Un bruit étrange nous interpelle. Terence s’approche et pense que le bruit vient de moi. Nous enlevons nos capuches et voyons nos cheveux s’élever vers le ciel attirés par l’orage ! Effrayés par le phénomène, nous préférons rentrer au refuge rapidement et laissons nos amis Russes continuer l’ascension.

En plus de son mal de ventre déjà présent depuis un moment, Terence est gagné par un mal de tête très certainement dû à une mauvaise acclimatation. Un de nos amis Russe est également pris par de violents maux de tête au retour. L’ascension semble compromise…. Le lendemain matin, le mal de tête a disparu et nous décidons de monter le plus haut possible.

La vue est bien dégagée, un soleil de plomb éclaire les deux pics. Le temps est parfait, nous nous équipons et commençons l’ascension. Nous suivons les traces dans la neige tout doucement, et marchons comme si nous étions en expédition sur la lune. Doucement mais sûrement. Chaque pas et un nouveau record d’altitude et la vue est à couper le souffle tant au sens propre que figuré.

Le manque d’oxygène nous rattrape, mais nous continuons tout doucement, irrésistiblement attirés par le sommet. Des touristes courageux ou inconscients, nous dépassent grâce à ces tracteurs, vêtus de vêtements légers, seulement pour prendre quelques photos et redescendre.

Nous prenons le temps de nous arrêter et de contempler la mer de nuages qui s’offre à nous. De gros blocs cotonneux, sur lesquels nous aimerions courir pour rejoindre les autres pics rocheux.

Petite pause à 4100 mètres, au deuxième refuge. Toujours des touristes, déposés pour quelques photos seulement et des militaires, venus effectuer quelques tirs. Les militaires sont omniprésents. Bien déterminés, nous repartons lentement. N’ayant plus beaucoup d’eau et de nourriture, nous nous arrêtons à 4500 mètres, prenons le temps de graver le paysage en tête et décidons de redescendre avant que le temps ne se dégrade. L’une des difficultés de cette ascension, est dû au temps capricieux, qui se dégrade généralement après 12h. C’est pourquoi, il est conseillé de commencer l’ascension du sommet à 3h du matin afin de l’atteindre et de redescendre avant que le temps ne change.

La descente est bien plus aisée, et le moment était bien choisi. La neige a déjà bien fondu à certains endroits, créant de petits torrents d’eau très rapides. Le soleil commence à disparaître et laisse place à la brume. Nous ne voyons déjà plus le premier refuge que nous arrivons à atteindre grâce aux traces dans la neige et aux alpinistes sur le chemin.

L’un de nos amis russes est toujours là, malade. Son ami est parti jusqu’au sommet vers 3h du matin. De retour à 15h, et fier d’avoir pu atteindre le sommet, ils décident de partir. Terence étant pris à nouveau par de violents maux de tête, et n’ayant personne avec qui atteindre le sommet, l’ascension seule serait trop risquée. Nous repartons fatigués mais bien déterminés, nous espérons revenir un jour, avec une meilleure préparation ! L’expérience n’est reste pas moins incroyable.

Informations utiles :

  • Les Russes parlent peu anglais, donc n’oubliez pas d’emporter avec vous Google traduction ou apprendre quelques notions !
  • L’enregistrement auprès du gouvernement Russe est obligatoire si votre séjour dépasse plus de 3 jours dans une même ville. Il suffit de demander le papier à votre hôtel/Auberge/Guest House puis de le déposer à la poste, qui se charge de l’envoi (coût ~ 500 roubles pour deux).
  • A Terskol et à Azau (village où se trouve le téléphérique), vous trouverez tout ce dont vous avez besoin : logements, restaurants, magasins et ATM.
  • Pour la location du matériel, nous avons choisi Mountain Gear Rental shop Rock’n’Rent sur Terskol (très professionnel). Cependant, il serait préférable de louer à Azau, car ils font des packages. Nous avons loué quasiment tout sauf les sacs à dos : manteaux, gants, moufles, chaussures, crampons, baudriers, bâtons de marche, thermos, lunettes, pantalons, guêtres pour environ 4000 roubles par personne et par jour. Il faut savoir qu’ils remboursent une partie des frais si vous rendez le matériel plus tôt et si vous avez réussi l’ascension.
  • Avant de partir, il faut payer le prix d’entrée du parc national qui est de 50 roubles par personne et bien garder le ticket qui peut vous être demandé à 3800 m.
  • Retirer de l’argent pour payer tout le nécessaire une fois au refuge.
  • L’enregistrement auprès des autorités locales est obligatoire, vous y préciserez le jour de départ et de retour pour l’ascension (ils parlent anglais).
  • Deux téléphériques sont disponibles à Azau :
    • un vieux qui va à 2500m environs et coûte ~ 500 roubles par personne.
    • un nouveau (celui que les guides/groupes prennent) allant au premier refuge à 3800m, et coûte ~1200 roubles par personne.
  • Arrivés à 3800m il y a plusieurs refuges. Nous nous sommes dirigés vers le refuge de “Pilgrims tour”, et avons réservé une nuit pour 1000 roubles par personne. Il y a une cuisine et de l’eau à bouillir mais ils ne préparent pas de repas, c’est réservé aux personnes qui payent un programme. Pour bien manger donc à 3800 m, il faut aller au café juste à côté avec des prix cassés (3€ environs un plat) ou apporter une grosse quantité de nourriture avec soi et laisser au refuge.
  • Un autre refuge est disponible à 4100m, où d’après une locale, pour 3000 roubles par personne, la nuit + les 3 repas sont inclus mais nous n’avons pas vérifié.
  • Il est possible de poser sa tente, sur les endroits rocheux mais aussi possible de ne pas la retrouver lors des tempêtes et de la brume 😀 (des autrichiens ont demandé à nos colloc russes, s’ils avaient vu leur tente !)
  • Les tracteur-chenilles peuvent emmener les touristes et alpinistes à 4400m ou 5100m. Pour 5100 mètres, il faut compter environ 8000 roubles la nuit (à partir de 2h du matin) et 5000 roubles le jour. Également des moto neiges, dont je ne connais pas le tarif.
  • Au retour nous avons pris le nouveau téléphérique et avons payé 750 roubles par personne.

Le versant sud est le plus simple, ne nécessite pas de guide car les chemins sont bien tracés mais il faut bien s’acclimater avant.

Texte rédigé par Sehriban.

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1 Comment

  1. Eh bien je manque d’air pour dire bravo. Joli treck! un peu frais…

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