Lors de notre second passage en Roumanie, une idée traverse ma tête comme un éclair. Nous sommes à côté du Delta du Danube, et si nous le traversions à la force de nos bras ?

Le Delta du Danube…un lieu unique, dernier refuge pour nombre d’espèces d’oiseaux et de mammifères, troisième zone la plus riche dans le monde par sa biodiversité. Le rêve pour un amoureux de la nature comme moi. Mais pas question d’y aller en bateau à moteur par les grands canaux, comme 99% des touristes. Non. Nous allons nous démener pour trouver des Kayaks, et emprunter les plus petits passages, inaccessibles aux bateaux.

Nos fidèles montures

Nous parvenons à être mis en contact avec une société louant des Kayaks dans la ville de Tulcea, lieu de départ de notre trek initialement prévu en 5 jours pour rejoindre la mer noire. Plus de 100 kilomètres à travers des centaines de canaux. Nous préparons l’itinéraire, très précis. Il ne s’agit pas de se perdre dans ce dédale liquide. Nous traçons l’intégralité du trajet sur notre GPS, nous n’avons pas le droit à l’erreur, nous partons en totale autonomie pendant plusieurs jours et si l’on se perd en chemin, personne ne nous ramènera.

Nous faisons le plein de nourriture et d’eau potable pour 5 jours, chargeons les Kayaks avec nos affaires et poussons nos navires à l’eau. Le bras principal est agité aujourd’hui, et nous devons le traverser pour rejoindre la rive et pénétrer dans les petites veines du Danube.

Après une petite heure, l’agitation laisse place au calme plat.

Ça y est, nous y sommes, au Paradis.

Le calme plat, nous y sommes !

Dans ce paradis sur terre, seul le bruit de quelques rares rames poussées par les pêcheurs à longues barbes et aux visages brûlés par le soleil trouble encore le silence de cet endroit sauvage, une île de verdure avec des milliers d’espèces de plantes et d’animaux.

Cet endroit abrite pas moins de 98% de la faune aquatique européenne, 320 espèces d’oiseaux et sa plus grande colonie de Pélican, et c’est le dernier lieu où l’on peut encore voir des chevaux sauvages courir en liberté.

Je pense que vous comprenez maintenant pourquoi le delta du Danube a été déclaré réserve de la biosphère et bien naturel dans le patrimoine mondial de l’UNESCO.

Nous avançons sur nos kayaks, caressant avec nos embarcations de fortune roseaux, nénuphars et joncs parmi lesquels quelques vieux villages de pêcheurs ont pris racine, où vivent des gens qui ont appris à se contenter de peu, au milieu des eaux.

Ici, pas de 3G, pas de wifi, nous sommes coupés du monde et c’est tant mieux.

Le poisson, qu’ils savent préparer sous de multiples formes, constitue leur nourriture principale.

Les petits villages de pêcheurs sont principalement habités par des lipovènes, une communauté orthodoxe vieille-croyante d’origine russe établie au XVIIIe siècle en Ukraine. Persécutés par le gouvernement du tsar Pierre le Grand, ils ont été pourchassés par les Cosaques et ont trouvé refuge dans la principauté roumaine de Moldavie et dans l’Empire ottoman alors maître des abords de la Mer Noire. Là, autour des “limans” du bas-Danube et de la Mer Noire, ils ont rencontré des Grecs et des Roumains dont ils ont appris la pêche qui fut jusqu’à récemment leur principale activité. Ils n’ont plus de mère patrie, et pour cette raison ne se définissent pas comme Russes, même si 80 % des Lipovènes parlent russe.

Nous traversons entre autres la forêt de Letea, seul endroit en Europe où poussent des lianes. Ce paysage rappelle celui d’une petite jungle, en raison des plates exotiques qui ont poussé des semences apportées d’Afrique par les oiseaux migrateurs.
Ce n’est pas seulement l’héritage naturel qui fait la richesse du delta, mais aussi son héritage historique. De nombreux sites archéologiques (castres romans, cités grecques, byzantines, gétiques) donnent une auréole légendaire à cet endroit, et que dire du fait que le Delta du Danube représente la plus grande surface compacte de cannaie (canne à sucre) du monde ?

Que vous dire d’autre sur ce paradis…L’avantage de l’avoir parcouru en Kayak, c’est que les canaux que nous empruntons sont inutilisables pour les bateaux à moteur. Nous n’avons croisé aucun kayak pendant les 5 jours, seuls au monde, nous ne croiserons que quelques barques de pêcheurs. Certains canaux font à peine plus de 1 mètre de large, nous avions à peine la place de pagayer !

Si vous avez une bonne condition physique, vous pouvez le faire sans problème, mais réfléchissez tout de même avant, car une fois sur les petits canaux (plus de 100 kilomètres), si vous voulez vous arrêter, il faudra pousser jusqu’à l’embouchure dans le village de Sulina pour prendre un ferry et revenir, ou revenir en arrière à Tulcea. Nous dormons dans notre tente et mettrons finalement 4 jours au lieu de 5 pour rejoindre Sulina.

Attention aux sangsues, de vraies amazones, elles s’attaquent aux kayaks par la coque et tentent l’ascension pour rejoindre l’intérieur de celle ci et vous piquer, l’idéal étant d’avancer sans s’arrêter et de les faire tomber avec vos rames. Surtout tôt le matin entre 6h et 9h, après c’est plus calme, elles n’attaquent que dans l’eau.

Voici les canaux que nous avons empreinté. Cet itinéraire est personnel, ne représente aucun standard, nous l’avons préparé pour ses lacs et tracé à l’avance, le voici :

Notre itinéraire
  • Départ de Tulcea par le bras principal du Danube > emprunter le canal Mila 35 > Puis canal Sontea > Canal Olguta > direction Garla sontea Lata > Continuer jusque Mila 23. Durée : 2 jours
  • Emprunter le canal Virsina jusqu’au lac > continuer sur le canal Bahrova > canal Babina > Lac Babina > Continuer jusque Letea. Durée : 1-2 jours
  • Emprunter le canal Barbosu > Canal Cardon > Prendre à gauche sous le pont pour rejoindre la mer noire > Revenir sur le canal principal et rejoindre Sulina. Durée : 1 jour

Une vidéo vaut mieux que 1000 mots, bon visionnage !

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