Une amende pas si salée…

Nous y sommes. La frontière chinoise, précisément, dans la ville de Erlian. Du moins, pas encore. Nous sommes du côté mongol, et nous allons rapidement apprendre qu’il ne faut pas être pressé…quand on est hors la loi !

Nous sommes le 12 octobre, et notre visa mongol est expiré depuis 2 jours maintenant. Cela ne devrait pas poser de problème. C’est ce que nous pensions. A la frontière, un agent vient nous cueillir après qu’on lui ait présenté nos passeports. Il nous demande de le suivre. Mince.

Après nous être baladés dans d’innombrables couloirs, nous arrivons dans un bureau avec deux agents qui nous demandent de patienter. Au bout de presque 30 minutes sans savoir ce qu’il va nous arriver, un officier arrive et nous demande : “What’s the problem” ?

“Hum, nous ne savons pas quel est le problème, à vous de nous le dire” ?

Il prend nos passeports, et nous annonce que nous avons dépassé de 2 jours la date limite du Visa, et allons devoir payer une amende. Une paperasse monumentale d’environ 30 pages ainsi qu’une lettre rédigée de notre part expliquant la raison de notre retard plus tard, nous sommes tenus de nous acquitter de l’amende de 41 000 tugriks, soit quelque 12 euros. Nous nous en sortons à bon compte pour cette fois.

L’officier semble littéralement intrigué par notre présence ici. Des Français franchissant la frontière à pied, ce n’est pas banal. Son anglais lui permet de communiquer avec nous, et une situation assez cocasse se met en place : un cours de langue française. Il nous pose d’interminables questions de traduction.

“Comment dites-vous en français : je m’appelle X”

“Comment dites-vous en français : enchanté de te rencontrer”

Après ce petit cours de français, il nous demande de le suivre. Obligé de vérifier que nous sortions bel et bien du territoire mongol, il nous escorte à bord de son véhicule jusqu’à la frontière chinoise, où il nous abandonne.

Nous devons subir le contrôle le plus complet que nous n’ayons jamais subi. Big Brother n’est pas une légende en Chine. On nous indique de placer nos deux pieds dans un espace dédié au contrôle, puis un officier nous demande de mettre nos deux mains sur une tablette imprimant les 20 empreintes digitales des doigts de chacune de nos mains. Ensuite, des photos et vidéos sont réalisées par les caméras, scannant dans les moindres détails nos têtes.

Nous voilà dans les archives chinoises, plus incognito !

Il est important de comprendre que le parti communiste chinois est en train d’installer un système tout droit sorti d’une série de Science fiction, non sans rappeler la série Black Mirror pour les connaisseurs : récompenser les “bons” et punir les “mauvais” chinois en collectant des informations quotidiennes dans différents domaines de leur vie, appelé le “système de crédit social”, sensé être totalement opérationnel d’ici 2020.

Ne pas payer le métro, avoir des amendes impayées, fumer dans un lieu public, etc., ces petites actions relativement anodines auront un impact flagrant pour les Chinois. Grâce à ce système de notation, une personne ayant un crédit social faible pourrait se faire refuser l’entrée dans un train, ne plus avoir le droit de solliciter un prêt bancaire, d’acquérir un appartement, etc. Tout cela étant bien évidemment rendu possible grâce au nombre incalculable de caméras installées sur le territoire Chinois. En effet, impossible pour nous de marcher plus de 20 mètres dans une rue sans croiser plusieurs caméras captant plusieurs angles d’un passage. Une surveillance H24, associée à des algorithmes très puissants permettant une reconnaissance faciale accrue. (Un homme recherché ayant été reconnu dans une foule de 50 000 individus grâce à la reconnaissance faciale en Chine, nous donne un aperçu de l’efficacité du système).

Ce qui est vraiment flagrant, et que nous remarquons mieux que jamais depuis que nous avons passé la frontière chinoise, ce sont les arbres. En Mongolie, aucun arbre, des steppes à perte de vue. La frontière passée, nous retrouvons une terre parsemée d’arbres et végétalisée à souhait, pourtant toujours dans le désert de Gobi. Après 1 mois passé sans arbre en vue, un sentiment de bien-être s’empare de nous. De la verdure, enfin.

Direction Pékin !

Nous avançons en stop en direction de Pékin et arrivons vers 1h du matin dans la capitale. Nous trouvons une petite auberge où passer la nuit.

Le lendemain, il est temps de visiter cette ville aux distances démesurées. Comment, et par où commencer à visiter une ville de 22 millions d’habitants ?

Nous décidons tout simplement de marcher et de nous diriger vers le centre-ville, où nous marcherons toute la journée pas loin de 30 kilomètres. Pékin. C’est la première fois que je vais le dire, mais nous avons adoré cette ville.

La capitale est animée, vivante. L’histoire impériale est omniprésente, de nombreux restaurants, des parcs luxuriants et des rituels du thé consacrés…Une ville en constante évolution où se mêlent au quotidien modernité et tradition. La ville est très propre, voire même trop propre. Toute la ville est remplie de barrières empêchant les gens de traverser n’importe où et les incitant à prendre les escaliers souterrain pour passer de l’autre côté de la route. Les forces de l’ordre, à l’instar de la Russie, sont omniprésentes. Les pistes cyclables sont disponibles dans chaque rue, chaque recoin, et les véhicules électriques permettent (à défaut de polluer autant qu’une voiture à essence) de réduire drastiquement la pollution auditive. Tous les scooters sont électriques, et énormément de pékinois se déplacent en deux roues.

Le véhicule préféré des pékinois, le scooter électrique !

Et les arbres…que dire…la ville est peuplée d’innombrable arbres centenaires, les habitants ont appris à construire leur bâtiments en fonction des arbres et non pas l’inverse. A chaque coin de rue, des Ginkgo d’un diamètre à faire pâlir nos pauvres platanes en lignes…Des cucurbitacées plantés pour végétaliser les toits, les murs, bref, toute la capitale est une ville-forêt.

Des courges, omniprésentes sur les toits, les murs.

La nourriture asiatique étant ma favorite, ce mois en Chine va être un véritable rêve culinaire pour moi, la nourriture étant très peu chère, ce sera de nombreuses découvertes.

La nourriture chinoise, je l’ai rêvée, la voici.

Dans Pékin, notre plus grand plaisir consiste à nous perdre dans les interminables Hutongs, ces ensembles de passages très étroits, sortes de ruelles construites sous la dynastie des Yuan il y a plus de 700 ans. A l’époque, les résidences étaient construites en fonction des puits disponibles. Petit à petit, les Hutongs se formèrent, regroupant plusieurs ruelles. Dans les Hutongs, nous trouvons des toilettes publiques tous les 100 mètres, et pour cause : dans les habitations, pas de toilettes, pas de salle de bain. Chaque matin, il est courant de voir les habitants, le pot de chambre à la main, aller vider leurs besoins dans les toilettes publiques, et le soir en peignoir pour se doucher. Une scène incroyable.

Les Hutongs, ruelles typiques pékinoises

Nous passons les deux premiers jours à nous promener dans la ville, découvrant et goûtant les saveurs de Pékin, dont le très célèbre canard laqué, passage obligatoire. J’avais déjà entendu que “tu n’as jamais mangé chinois tant que tu n’as pas mangé chinois en chine”, je peux confirmer cet adage sans une once d’hésitation. Les saveurs sont incomparables à ce que l’on peut trouver en France en restaurant chinois, et j’ai ouï dire que Pékin était loin derrière la région de Sichuan en termes de saveur. Cela promet.

Le célèbre canard laqué de Pékin.

Les Pékinois que nous avons rencontré sont très sympathiques. Toujours souriants, prêts à prendre des selfies à chaque coin de rue avec nous, complètement choqués de voir une barbe aussi longue, dans ce pays où la pilosité faciale est très faible chez les adultes. Pékin est envahi de touristes…chinois. 95% sont des Chinois ayant économisé pour venir, le plus souvent en tour organisé, visiter les monuments célèbres de Pékin.

Nous visiterons la célèbre cité interdite avec Marc, un ami rencontré en Mongolie venu continuer son périple en Chine. Malgré le nombre pharaonique de touristes chinois, la cité est absolument majestueuse.

Jouons à un jeu : Où se trouve Sehriban ?

Lors de mon arrivée en Chine, passionné de plantes médicinales et de médecines alternatives, je m’étais fixé l’objectif de faire une séance d’acupuncture, cette médecine chinoise millénaire. Bouche-à-oreille, je suis rapidement mis en contact avec un étudiant, préparant son doctorat en médecine chinoise à Pékin, et par chance, c’est un Français !

Centre national des arts du spectacle

Jordan parle couramment chinois, qu’il étudie depuis de nombreuses années. Contrairement aux idées reçues, il faut d’après lui 5 ans d’apprentissage du chinois au sein du pays pour parler parfaitement la langue de Confucius. Il me recevra chez lui pour une séance d’acupuncture, localisant les soins sur la zone digestive pour pallier aux désordres subits depuis plus de 2 mois. Il me prescrira également des plantes de la pharmacopée chinoise pour compléter les soins.

Pharmacies chinoise : à quand le retour en France ?

Finalement, Jordan nous invitera au restaurant avec sa femme, où nous dégusterons une fondue chinoise tout droit sortie de mes rêves les plus fous. La nourriture et moi, c’est tout une histoire d’amour.

Quatre jours passés à arpenter les rues pékinoises, et nous estimons qu’il faudrait au minimum 1 mois pour pouvoir correctement visiter cette ville gargantuesque. Nous devons cependant la quitter, car 1 mois, c’est la durée de notre visa, le stop prenant un certain temps pour les déplacements, nous ne pouvons nous attarder plus longtemps, même si le cœur y est.

Nous noterons également une technologie assez intéressante : Les Chinois utilisent l’application Wechat pour communiquer, sorte de “Whatsapp” chinois, leur permettant également de lier leur carte bancaire et payer…absolument tout avec leur smartphone en 1 seconde. Addition, taxi, courses, nous verrons même un mendiant tendre son smartphone pour demander un virement instantané à des passants. Un petit côté cyber-punk effrayant quoi que fascinant.

Après quelques heures de stop, nous parvenons dans les montagnes du nord à rejoindre la vallée de Mutian ou nous préparons un petit trek de quelques jours sur une partie non rénovée et abandonnée de la muraille de Chine !

Franchir la muraille de Chine à la manière des Huns.

Nous y sommes, après une bonne nuit de sommeil, nous entamons notre trek en direction de la muraille, il va nous falloir littéralement escalader la montagne et ladite muraille. Pour lire en détail notre randonnée, c’est par ici.

Repos sur la muraille

Après cette randonnée bien fatigante, nous reprenons le stop en direction de Pékin.

Il est à noter que nous utilisons un petit texte traduit en chinois par notre ami Jordan que nous avons rencontré à Pékin. Le stop, bien que plus connu en Chine qu’il y a une dizaine d’années, reste tout de même rare et les conducteurs sont souvent poussés à vouloir nous déposer dans une station de métro, de bus, ou nous dégoter un taxi. Ce texte nous permet donc, de tout de suite faire comprendre le principe de notre voyage. En chinois, auto-stop se traduit par “搭便车”, prononcé “Dabian chè”. Ce texte traduit littéralement :

“Bonjour, nous sommes deux voyageurs français. Je m’appelle Terence et ma femme s’appelle Sehriban ! Nous sommes partis de France en Février 2018 pour réaliser un tour du monde en auto-stop. Pendant ce voyage, nous ne prenons aucun moyen de transport en commun comme l’avion, le train, le bus. Nous avons parcouru 18 pays pour arriver en Chine, et aimerions continuer à avancer dans notre voyage. Pouvez-vous nous aider à avancer de quelques kilomètres dans cette direction ? Nous ne parlons pas chinois mais nous pouvons nous comprendre en faisant des signes ! Merci beaucoup mon ami, et vive la Chine !” 

Arrivés à Pékin, nous nous reposons une nuit, nous tombons littéralement de fatigue. Le lendemain, nous envisageons de continuer notre route en direction du Sichuan. Ce que nous ne savions pas, c’est que notre chance allait littéralement nous embrasser ce jour là !

Nous levons nos pouces à l’entrée de l’autoroute. Nous espérons, comme à notre habitude, pouvoir réaliser plusieurs petits trajets pour rejoindre la ville de Chengdu, 1800 kilomètres plus loin. La Chine étant un pays plus grand que l’Australie, les distances sont tout simplement gargantuesques. Nous sommes pris en voiture pour avancer sur une trentaine de kilomètres, et notre conducteur, Yahongjie, nous propose de nous inviter à manger et découvrir la spécialité de la ville de Baoding : le hamburger d’âne. Un délice que nous retrouverons souvent à travers la Chine. Intéressé par notre voyage, il nous invite à rencontrer sa petite famille avant de nous offrir un petit assortiment de bols chinois. C’est le début d’une innombrable accumulation de cadeaux que nous feront les Chinois pendant nos deux mois passés dans l’Empire du Milieu ! Il nous explique que notre voyage le fait rêver. Qu’il aimerait pouvoir faire pareil, ce discours, nous l’entendrons très souvent pendant notre séjour en Chine.

“Ici, en Chine, c’est le travail avant tout. On ne peut pas abandonner notre travail comme vous le faites vous. Même si j’aimerai, ce serait très mal vu par la société. Chacun a sa place ici, et il faut la conserver, alors je rêve, je rêve de voyager comme vous, un jour, peut-être…”

Notre ami Yahongjie et sa famille

Il nous dépose à l’entrée de l’autoroute pour continuer notre route, il est 16h30 et la nuit tombe bientôt…notre bonne étoile pointe le bout de son nez : après seulement 5 minutes d’attente, un 4×4 s’arrête sur le bord de la route, une femme nous ouvre le coffre sans même nous demander où l’on va. Nous lui demandons où elle se rend, nous n’en croyons pas nos oreilles.

“Chengdu”.

Nous redemandons. “You go, Chengdu” ? Elle parle très peu anglais, mais acquiesce.

Nous montons et n’en revenons pas, nous allons parcourir 1700 kilomètres avec eux, 18 heures de route, nous venons d’établir un nouveau record de distance en stop !

Wang Lin et son mari Hainan se rendent à Chengdu à titre professionnel, travaillant tous les deux dans une compagnie d’assurance. Ils nous invitent à manger dans un petit restaurant chinois puis nous dormons dans un petit motel pour reprendre la route au lendemain matin après un bon petit-déjeuner copieux.

Les Chinois passent leur temps à nous offrir des choses. Il est difficile de refuser car quand nous le faisons par politesse, nos bienfaiteurs insistent et sont capable d’insister jusqu’à ce que l’on cède et que l’on soit mal à l’aise, 20 fois s’il le faut. Biscuits, nourriture en tout genre, boissons, nous ne manquons de rien grâce à leur incroyable générosité. Voulant leur rendre la pareille, j’achète des biscuits pendant un arrêt dans une station : impossible de leur offrir. J’ai beau insister, leur proposer 5 fois, attendre, réessayer, ils refusent catégoriquement que nous leur offrions quoi que ce soit. Sacrés personnages. C’est ça, ne rien attendre en retour.

Pendant le repas du midi, Hainan nous parle de la politique en Chine. Il nous explique que la Chine est un pays avec une disparité entre les riches et les pauvres très marquée. Il nous explique que la Chine est un pays qui s’est développé bien trop vite, et que cela se répercute sur la façon d’être des Chinois. Beaucoup ne cautionnent pas la rapidité avec laquelle la Chine se développe, mais le gouvernement voudrait être le premier à innover, et surtout, dépasser les Américains dans tous les domaines possibles, à commencer par le tout électrique. Il nous explique que la Chine a beaucoup à apprendre de l’Europe, de la France. Ils aimeraient pouvoir apprendre à vivre plus lentement, être moins pressés, moins stressés.

Je lui explique qu’en effet, il est vrai qu’en France nous n’avons pas à nous plaindre. Nous avons souvent des congés.

Selon la loi chinoise de vacances, le congé annuel minimum légal est basé sur les années d’expérience de travail de l’employé.

La politique de congés chinois est peu généreuse par rapport à la plupart des entreprises occidentales. 0 jours de congés pour un employé avec moins d’une année d’ancienneté dans sa société, 5 jours de congés par an pour un employé présent depuis 1 à 10 ans, 10 jours de congés pour un employé présent depuis 10 à 20 ans, et 15 jours de congés pour plus de 20 ans d’ancienneté. Autant dire que ces repos se gagnent à la sueur de leur front, et que l’on comprend que les Chinois ne puissent pas abandonner leur travail par crainte de perdre leur ancienneté. En Chine, on ne change pas de travail, on le garde à vie. Un système qui ne semble pas convenir aux Chinois, qui rêvent d’être calqués sur le modèle occidental.

Nous parlons également du Japon, il sera le premier d’une très longue liste à nous expliquer que les Chinois entretiennent une profonde aversion envers leurs voisins japonais. Il nous expliquera que cela remonte à la seconde guerre mondiale quand les Japonais ont attaqué la Chine en 1937 et ont littéralement détruit le pays. Nous sommes choqués quand nous apprenons que les Chinois cumulent entre 15 et 20 millions de morts pendant cette guerre, chose que nous n’apprenons pas en cours d’histoire en Occident, focalisés sur les massacres de la Shoah et des 6 millions de disparus.

Nous en apprenons plus sur le massacre de Nankin, les attaques chimiques du Japon envers la Chine et les nombreuses dérives cruelles du Japon à cette époque. Nous apprenons également que le ministre Japonais continue chaque année de célébrer certains officiers ayant directement participé à des massacres, ce qui empêche la Chine et le Japon d’entretenir des relations amicales. Cet article que nous avons trouvés sur le blog Jaune Passion résume très bien la querelle Sino-Japonaise, nous vous invitons à lire pour en apprendre un peu plus.

Le soir, nous arrivons enfin dans la ville de Chengdu et nous disons au revoir après ce long trajet ensemble, la célèbre capitale du Sichuan, mondialement connue pour la nourriture, quelque chose qui ne me laisse pas indifférent. Miam.

1700 kilomètres avec nos amis !

Nous visitons la ville, et croisons énormément de Tibétains en tenue traditionnelle. D’ailleurs, la question tibétaine me trottait en tête : comment sont vus les Tibétains aujourd’hui dans cette région de la Chine ? Je n’allais pas tarder à avoir ma réponse. Nous rencontrons Julien (son nom a été changé volontairement pour rester anonyme), un second docteur en médecine chinoise avec qui nous avons été mis en contact grâce à Jordan quand nous étions à Pékin. Nous mangeons ensemble le soir et discutons de ce sujet assez tendu.

Nous sommes invités par Julien et découvrons les délices du Sichuan

En Chine depuis maintenant 12 ans, il a été contacté par un journaliste français réalisant un reportage sur la condition des Tibétains en Chine. Julien devait faire office de traducteur pendant le séjour du journaliste. L’histoire qui suit est tout à fait édifiante et confirme l’incroyable omniprésence du gouvernement chinois, nous avons recueilli l’intégralité de son témoignage :

“Le journaliste arrive à l’aéroport et me rejoint à Chengdu. Je lui explique qu’il n’est pas en France ici et qu’il faut faire attention au gouvernement chinois, que la liberté de la presse n’existe pas ici et qu’il faut être très prudent pour traiter de ce sujet, qu’il doit m’écouter et ne pas faire de faux pas s’il ne veut pas se retrouver en prison. Le journaliste semble sûr de lui et n’a pas l’air de vouloir m’écouter, se sentant un peu trop confiant avec son statut. Nous rencontrons quelques Tibétains et procédons à quelques Interviews.

Le lendemain, nous allons dans le quartier tibétain, et le journaliste entre dans un boui-boui tenu par un Tibétain. Il s’approche et commence à lui poser une question. Je traduis. Le Tibétain répond et commence à entrer dans le détail, expliquant ce qu’ils subissent à cause du gouvernement chinois. Après seulement 3 minutes de discussion, je sens que quelque chose ne va pas. Un homme me tapote sur l’épaule, je me retourne, je n’ai même pas le temps de demander ce qu’il se passe que l’individu, un policier en civil, me demande de ne plus bouger. 1 minute plus tard, deux 4×4 de la Gestapo locale se garent en trombe devant le magasin et des hommes en sortent, embarquent le Tibétain au poste et nous font sortir le journaliste et moi pour nous interroger sur le trottoir.

On est resté bloqué au milieu du carrefour quelques minutes puis les flics et nous, nous posons sur le trottoir pour attendre le chef, car les autres ne savaient pas trop quoi faire de nous. Je dis immédiatement au journaliste d’effacer les enregistrements des interviews de la veille faits en tibétain et chinois, et qui parlaient de révolte, d’immolation, etc. Le journaliste s’exécute, je lui dis de ne laisser sur la bande que les 1’14 minutes d’enregistrement de la conque du moine. Les flics vérifient nos identités, évidemment j’avais pas mon passeport sur moi, du coup juste en donnant mon nom chinois ils avaient toutes les infos, que j’étais en cours de master à la fac, avec quels professeurs, où j’habitais, etc, merci Big Brother.

Sans surprise ils demandent au journaliste d’écouter son magnétophone (il n’y a plus que le bruit de la conque, les autres enregistrements avaient été transférés sur l’ordinateur du journaliste la veille au soir. Puis le chef du groupe de flics me dit que son grand-père était médecin chinois, et là, la faille, je m’y insère, je demande au journaliste de sortir ses clopes et de les distribuer aux flics, on fume des clopes ensemble sur le trottoir en discutant médecine chinoise, l’atmosphère se détend. Je leur explique que le journaliste fait un reportage sur la culture tibétaine à Chengdu (évidemment pas sur les immolations), qu’il ne connait pas les mœurs locaux, blablabla quoi. Puis 1 heure après le chef arrive, le sous-chef lui fait un rapport détendu, puis ils reviennent vers moi en me disant de traduire les propos suivants au journaliste : “à Chengdu les journalistes n’ont pas l’autorisation de parler avec n’importe qui et encore moins le droit d’interviewer des gens à la sauvage, pour faire une interview le journaliste doit faire une demande à la préfecture et attendre l’autorisation signée. Si ce journaliste veux connaître la culture du Sichuan et la culture tibétaine, tu l’amènes au parc des pandas et au musée de Jinli, puis tu lui traduis le contenu des plaquettes de présentation, dont il se servira pour faire un article objectif…”. Tout en traduisant, je demande au journaliste de ne pas rigoler à ça et d’acquiescer sagement. Puis ils nous disent qu’on est libre, qu’on peut partir. Sur ça nous nous rendons au musée de Jinli, et faisons un grand tour, le temps de semer les deux policiers civils qu’ils nous avaient flanqué. Quelques jours plus tard, je me rends à la clinique où j’étais en stage avec mon directeur de recherche. La première phrase que mon prof m’adresse est “ça va bien ces derniers temps Julien ? Il y a les services de police qui m’ont demandé quel genre d’étudiant tu étais. J’ai dit que tu étais très assidu et très consciencieux. C’est correct, non ?”… Apres ça mon téléphone était sur écoute et mon VPN me permettant de me connecter à google très instable pendant très longtemps.”

Cela nous permet de comprendre assez aisément la pression que fait subir le gouvernement à tous les Tibétains. Ce qui ne les empêche pas d’être très présents, la ville abritant l’une des plus grosses communautés de Tibétains de Chine en dehors des régions tibétaines. Ils seraient au moins 100 000, dans une mégapole de plus de dix millions d’habitants.

La ville de Chengdu

Le lendemain, nous décidons de nous rendre dans la vieille ville et de goûter à tout ce qui apparaît sous nos yeux. Autant préciser que ce jour là, nous avons bien mangé. La nourriture est aussi diversifiée que possible. Après 17 pays traversés, c’est la première fois que nous voyons autant de diversité culinaire. Des centaines de plats différents, rien ne se ressemble. Les plats sont délicieusement et dangereusement épicés du célèbre poivre vert de Sichuan, un poivre ayant l’étrange capacité de vous anesthésier la bouche, elle devient littéralement engourdie, mais ce poivre n’en reste pas moins délicieux.

Du cerveau de porc. Peu ragoutant n’est-ce pas ? Un délice pourtant.

Tous types de viande, allant du simple poulet cuit dans de l’argile en passant par le cerveau de porc, de la fondue chinoise jusqu’aux crêtes de coq et la tête de lapin confite, les nouilles cuisinées à la Sichuan ou encore le célèbre Mapo tofu, nous essayons un peu de tout, et nous ne sommes pas déçus : ce qui peut dégoûter par l’appellation ou l’apparence n’est pas à juger sans avoir testé : absolument chaque plat est finement cuisiné, épicé et délicieux. Nous comprenons immédiatement pourquoi le Sichuan est mondialement réputé. En plus d’être exquise, il est à noter que la nourriture est vraiment bon marché pour un Français : pour 25 yuans, on mange en grande quantité pour une personne dans un petit restaurant de ruelle, soit environs 3 euros.

La fondue du Sichuan, légendaire

Nous avons eu la chance de pouvoir visiter le centre de recherche sur le Panda Géant pendant notre séjour. En 1987, c’est le premier laboratoire à ciel à ouvrir pour la recherche et la conservation des espèces en danger en Chine.

Le centre démarra avec six pandas. En 2008, 124 jeunes étaient nés au centre et la population en captivité s’élevait à 83 individus. En Chine, tuer un panda a longtemps été passible de peine de mort, mais cette peine a été remplacée par de la prison en 2010.

Notre objectif était de descendre un peu plus au sud pour aller escalader les 60 000 marches du mont Emei, de quoi mettre à l’épreuve les cuisses. Après quelques jours passés dans la ville de Chengdu, nous reprenons le stop en direction de Leshan où se trouve la plus grande statut de Bouddha du monde, culminant à 71 mètres de hauteur. Nous n’irons finalement pas la voir, préférant escalader la montagne.

Les Chinois adorent chanter, nous allons l’apprendre ce soir avec Tang Kai, un chef d’entreprise gérant d’un petit négoce de congélateurs à Leshan. On a littéralement passé deux jours d’exception avec lui et sa famille.

D’abord, il nous prend en stop et nous dépose dans un endroit sûr pour poser notre tente en dehors de la ville de Leshan. Puis il nous explique qu’il veut nous payer une chambre d’hôtel Ibis aux frais de sa société… On refuse poliment, puis il insiste et rajoute qu’il aimerait également nous inviter au restaurant pour nous présenter à ses amis et terminer par une surprise : un karaoké ! Une soirée exceptionnelle, invités à manger une fondue sichuanaise en présence de toute sa famille, ses frères & associés, et sa femme !

Les Chinois ont la bière facile et un dicton qui pourrait se traduire par : “Tu dois boire les 4 saisons” (4 saisons = 4 bières), finalement à la fin de la soirée, moi qui d’habitude ne suis pas alcool, la tête tournait sévèrement…Je ne savais pas qu’il y avait 10 saisons dans l’année !

S’en suit une soirée dans un karaoké complètement surréaliste où l’on se retrouve à chanter mutuellement Garou, Céline Dion, Stromae et des chansons chinoises imprononçables en jouant à Pierre-Feuille-Ciseaux pour savoir qui boit la prochaine bière. Qui a dit que les Chinois ne savaient pas s’amuser ?

Si vous cherchez un congélateur en Chine, allez chez Tang !

Au petit Matin, Tang nous propose de nous déposer au pied du mont Emei, à 30 minutes. Nous passons un dernier moment ensemble à l’écouter chanter dans sa voiture, pas remis du Karaoké de la veille.

Arrivés dans la ville de Emeishan, nous nous reposons une dernière nuit avant d’entamer l’interminable ascension des 60 000 marches. Je me souviens que la tour Eiffel à Paris et ses 1500 marches m’avaient déjà fatigué, et je me dis que ce ne sera peut-être pas possible, mais qu’il faut tout de même essayer ! Après une bonne nuit de sommeil, nous commençons notre randonnée de 2 jours pour atteindre le sommet du mont Emei, traversant la jungle.

Notre mission accomplie, fiers de nous, nous décidons de nous reposer quelques jours avant de reprendre la route vers l’Est et en profitons pour faire le plein de thé du Sichuan dans notre sac à dos.

Le thé du Sichuan, mondialement célèbre

Après bientôt un mois dans le pays, nous entrons dans un petit bureau de police et demandons une extension de visa de 1 mois pour pouvoir découvrir plus longtemps le pays de Confucius : c’est avec un gros sourire qu’on nous accorde 1 mois et demi de visa supplémentaire, avec un magnifique “Welcome in China” en prime. (Des Français vivant en Chine nous avaient dit que la police nous rigolerait au nez, nous enverrait paître et que c’était un parcours du combattant pour rallonger son visa). Il aura suffit de discuter un peu !

Nous avançons en stop vers l’Est sans savoir où nous sommes et traversons plusieurs villages…Une famille nous dépose dans une ville appelée “La ville fantôme de Fengdu”.

Située sur la rive nord du Yangtsé, la légende raconte que Fengdu est la ville où se retrouvent les âmes après la mort de leur corps terrestre. Il est considéré que les âmes de tous les vivants, quelle que soit leur nationalité, viendra à Fengdu après la mort. 18 juges les attendent pour les soumettre à une justice impitoyable. Chacun d’entre eux est spécialisé dans un péché en particulier. Leur verdict est incontestable. Plus les âmes ont péché, plus longtemps elles resteront à l’état de fantôme, errant inlassablement dans la ville.

Autant dire que le brouillard soudain qui s’est levé pile à notre arrivée dans la ville a un côté…plutôt oppressant !

La ville fantôme de Fengdu !

A ce stade du voyage, nous comprenons qu’après la France et la Hongrie, c’est le troisième pays où la police nous prend en voiture pour nous faire avancer mais pas qu’une fois…des dizaines de fois ! Dans une autre ville, la police routière retournera tout son commissariat pour mobiliser des agents et demander à chaque véhicule d’un péage s’ils peuvent nous prendre en voiture, toujours avec de grands sourires !

La police, nos meilleurs amis en Chine !

Bien sûr, il ne se passe pas un seul jour sans qu’une personne nous invite à manger, non sans rappeler l’accueil des Mongols ! La gentillesse des Chinois n’est plus à prouver.

Chaque jour, nous sommes invités à manger, et nous n’avons pas le droit de refuser !

Nous continuons d’avancer en plein milieu de la Chine profonde, entre les rizières du Yunnan, la jungle du Sichuan et les montagnes du Guizhou et arrivons dans une station de péage où les policiers nous aident à trouver une voiture continuant vers l’Est. Nous avançons de villages en villages, quand un bruit sourd soulève la voiture : un pneu crevé ! Quel étonnement de voir le conducteur rigoler et continuer à rouler malgré le pneu qui se déchire jusqu’à finir sur la jante après une dizaine de minutes. Il nous arrête dans un village et nous dépose dans un commissariat, espérant que la police pourrait nous aider à avancer plus loin. Les policiers nous reçoivent et semble s’intéresser un peu trop aux détails de notre voyage, tout en restant polis et courtois, nous proposant le thé. Après une trentaine de minutes, les policiers nous escortent avec notre conducteur au pneu crevé jusque dans la ville de Yongshun et nous déposent dans le centre d’immigration où nous sommes contrôlés plus en détail, notre conducteur également. Nous apprenons par la suite que la police nous soupçonnait d’espionnage et s’excuse une fois le contrôle passé.

Ne pouvant nous amener jusqu’à notre destination, ils nous font monter dans un bus au frais du poste de police, nous achètent pleins de snacks (de quoi tenir plusieurs jours) et nous souhaitent un bon voyage en Chine, lumineux sourires.

La police nous offre des snacks et nous débloquent un bus !

La phrase d’un policier : (traduit du chinois) : “En plus de combattre la criminalité, nous avons le devoir d’aider les gens, c’est ça, la police chinoise.”

De passage dans la région du Hunan, nous sommes donc parvenus à rejoindre en bus-stop la ville de Zhangjiajie. Dit comme ça, cela ne vous évoque pas grand chose, et pourtant, si vous avez vu le film “Avatar”, alors vous connaissez cet incroyable endroit.

Située au nord-ouest de la province du Hunan, la région panoramique de Wulingyuan et ses paysages à couper le souffle ont été découverts dans les années 1980.

Il y a plusieurs centaines de millions d’années, Wulingyuan était à l’origine un immense océan, qui a littéralement sculpté la nature et créé le relief particulier en grès de la région.

Parsemé de pic karstiques vertigineux, de falaises abruptes, de ponts de pierre, de grottes, d’arbres très anciens et rares, de nuages ​​flottants, de ruisseaux et de chutes d’eau, cet endroit pittoresque ressemble à un immense jardin de nature et abritant de nombreuses plantes rares et d’animaux comme la célèbre et discrète panthère nébuleuse.

Cette prouesse de la nature regroupe 3103 sommets situés généralement à une distance de 15 à 20 mètres les uns des autres, ce qui en fait littéralement une forêt de sommets.

Considérée comme un trésor pour les études et les recherches, ce joyau de la nature est apprécié par beaucoup comme le plus bel endroit de la planète, rien que ça ! Le réalisateur James Cameron s’est lui même inspiré de cet endroit pour réaliser la planète Pandora du célèbre film AVATAR.

Des étoiles pleins les yeux, fatigués de la grimpette de la journée, nous reprenons la route au lendemain, toujours en direction de l’Est.

Il y a ces villes et ces villages dans la Chine profonde, qui vous laissent sans voix. Perdue au fin fond du Hunan, la ville du Phoenix, Fenghuang, est un vrai livre de contes, nous parvenons à la rejoindre et visitons ce village qui nous laisse rêveur. La vieille ville, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, est construite au bord de la rivière Tuo et on y retrouve des maisons sur pilotis. La vieille ville est parsemée d’échoppes et de ruelles à l’ambiance chinoise traditionnelle, la circulation en voiture y est interdite, ce qui permet d’y passer du bon temps à pied.

De nouveau sur la route, nous décidons de rejoindre Shanghai, le temps s’écoulant si vite, nous devons trouver le moyen de traverser la mer de Chine pour rejoindre le Japon, cela peut prendre du temps. Deux hommes s’arrêtent, gros sourires, et nous montrent leur téléphone : Une photo de nous dans ses messages quand nous étions avec la police ! Nous explosons de rire, les nouvelles vont vite et les échanges sont très nombreux entre les chinois, surement un ami travaillant dans une station service qui lui a envoyé cette photo. Le monde est petit !

Nous avançons toujours de villages en villages, perdus dans la région du Jiangxi. Un homme s’arrête en voiture le matin et nous observe, les pouces levés. Il tente l’anglais : “May I help you” ?

Nous lui expliquons que nous voulons rejoindre Shanghai en auto-stop, il accepte de nous mener une centaine de kilomètres plus loin, et nous discutons sur le chemin. C’est un homme d’affaires travaillant dans l’immobilier, il nous invite chez lui à partager un repas avec sa famille ainsi qu’une cérémonie du thé. Il nous propose également de dormir chez lui et de passer du temps au sein de sa famille, chose habituelle en Chine depuis notre arrivée.

Cérémonie du thé avec nos amis !

Au moment de partir, il nous indique vouloir nous offrir un cadeau pour se rappeler de lui quand nous reviendrons en France. Nous lui expliquons qu’il a déjà tellement fait pour nous, que nenni, il insiste et nous emmène dans un magnifique magasin de thé chinois. Ni une ni deux, il nous demande de choisir un service à thé.

Nous sommes terriblement gênés, il s’agit là de la prestigieuse et célèbre porcelaine de Jingdezhen, faite main dans la capitale mondiale de la porcelaine.

Malgré nos refus gênés et insistants, il ne nous laisse pas d’autre solutions que d’accepter son cadeau, représentant pour lui un honneur.

Nous le laissons choisir pour nous, et c’est ainsi que nous nous retrouvons avec ce service complet de porcelaine de Jingdeshzen, que nous allons prendre soin d’expédier en France le plus soigneusement possible.

Au moment de se quitter, il nous dépose au ministère, pour leur demander de nous aider à avancer, rien que ça. Nous rencontrons la cheffe du département de la police avec qui nous passons un très bon moment à boire du thé et qui débloque un bus gracieusement pour nous. Décidément, la Chine est pleine de surprise.

L’entrée du ministère

Merci à toi, Luangwei.

Le lendemain, nous arrivons dans la ville de Hangzhou. Nous avons souvent discuté avec nos conducteurs de cette ville, berceau mondial du thé et de la soie. Nous avons la chance de pouvoir en visiter les musées respectifs, les deux entrées étant gratuites. Nous apprenons beaucoup de choses pendant ces deux jours passés dans la ville.

Histoire du thé

Concernant le thé, nous apprenons qu’il est apparu il y a plus de 5000 ans en Chine, et qu’il s’est étendu un peu partout en Asie pendant ces derniers millénaires. Il est intéressant de se rendre compte que tous les thés du monde sont issus de Chine à l’origine. De nombreux voyages d’exportations et d’enseignement de culture du thé autour du monde ont permis au thé de devenir la seconde boisson la plus bue au monde après l’eau. Le thé en France est arrivé très tard, à peu près à la même époque que celui des anglais, au XVIIème siècle. C’est donc très récent, étonnant pour un pays comme l’Angleterre, réputé pour sa “cup of tea”. Les Chinois sont allés jusqu’au Kenya pour apprendre aux locaux à cultiver le thé.

Nous découvrons ainsi un thé qualifié ni plus ni moins comme un des meilleurs au monde : Le Longjing. Pendant notre visite du musée, une vieille dame nous parle en chinois. Nous traduisons à l’aide de notre téléphone et discutons. Elle nous explique être une des 4 plus grandes productrices de thé Longjing du monde, que ses champs de thés se trouvent à 10 minutes à pied, et qu’elle nous invite à venir déguster une tasse de Longjing chez elle. Heureux de cette rencontre, nous acceptons avec plaisir et sortons du musée en la suivant. Cette femme, de 80 ans, très bavarde, nous raconte l’histoire du Longjing, sa culture. Nous arrivons devant chez elle après quelques minutes de marche, dans le village même du nom de Longjing. Elle nous fait goûter ce thé, c’est en effet une révélation, un délice, un thé vert délicatement aromatisé, un arrière goût de grillé, je n’ai clairement jamais goûté de thé aussi délicieux. Elle en profite également pour nous montrer ses cultures de thé.

Nous en profitons pour en acheter, buvant du thé chaque jour. Avec le recul, aujourd’hui, je me rends compte que je ne peux plus rien boire d’autre que ce thé, écrivant cet article avec mon thermos rempli.

Entrée du musée du thé

Les champs de thé de la vieille dame

Nous décidons d’aller visiter le musée de la soie.

Histoire de la soie

L’origine de la soie possède le charme d’un joli conte. On raconte en effet qu’une princesse chinoise aurait découvert la soie, 2700 ans avant JC, en faisant tomber dans sa tasse de thé un cocon de bombyx (le ver à soie, qui lui-même est la chenille d’un papillon) tombé d’un mûrier au dessus d’elle. Un long fil se serait dévidé lorsqu’elle aurait tenté de récupérer le cocon…

La soie chinoise demeura un secret infiniment précieux et jalousement gardé pendant près de trois millénaires. Le ver à soie fut élevé dans le but de produire et de tisser la soie – un élevage que l’on appelle la sériciculture – et quiconque tentait de voler des vers à soie, des cocons ou même des œufs était condamné à mort !

Forte de cette situation de monopole, la Chine commerçait avec le reste du monde. On a appelé « route de la soie » les chemins, traversant déserts et montagnes pour relier l’Asie à l’Europe, empruntés à partir du IIème siècle par les caravanes qui transportaient diverses richesses à des fins commerciales (thé y compris), dont la principale marchandise et la plus prisée était la soie.

Le monopole prit fin au VIème siècle lorsque deux moines envoyés par l’empereur Justinien cachèrent des œufs de vers à soie dans leurs bâtons de pèlerin et les ramenèrent jusqu’à l’Empire Romain d’Orient (ou empire byzantin), aux abords de la Méditerranée. Le mûrier et son ver à soie furent introduits dans l’ancienne Péloponnèse et en Grèce, mais c’est la Sicile qui maîtrisa réellement la première sériciculture en 1440 et put alors produire la soie pour le reste de l’Europe (et en premier lieu pour l’Italie).

En France, la production de soie prit son essor sous Charles VIII qui fit planter des mûriers venus de Sicile et de Naples dans la région de Montélimar et encouragea les fabriques de soie de Lyon et de Tours par l’octroi de privilèges. Puis Henri IV, sur les conseils d’Olivier de Serres, fit intensifier la plantation de mûriers, fournissant aux agriculteurs gratuitement, plants et graines de mûriers, ainsi que les œufs de bombyx. En 1850, la sériciculture française atteint un très bon niveau et Lyon devint un haut lieu de la soierie.

Aujourd’hui, les pays asiatiques représentent environ 90% de la production de soie mondiale, avec en tête la Chine et l’Inde. Le leader historique est redevenu le premier pays producteur : la boucle est bouclée ! La soie ne représente cependant que moins de 0,2 % du marché mondial des fibres textiles : elle reste un textile rare, plus long et compliqué à produire que bien d’autres textiles. On estime qu’un article en soie coûte environ 20 fois plus cher que son équivalent en coton.

Musée de la soie

Nous quittons la ville de Hangzhou pour rejoindre Shanghai.

Après avoir traversé la Chine en stop pendant 1 mois et demi, parcouru 5900 kilomètres à bord de 64 voitures et rencontré autant d’âmes incroyables, nos derniers conducteurs nous déposent dans la dernière ville de notre périple chinois, la célèbre Shanghai, cette agglomération déraisonnablement peuplée de 70 millions d’habitants.

Nous sommes escortés par nos ultimes conducteurs : un acteur de série télévisée chinois et sa femme créatrice de haute couture au volant de leur Porsche. Une arrivée somme toute discrète !

Nos derniers conducteurs !

La ville de Shanghai est bien trop grande. Je n’ai pas beaucoup apprécié. Imaginez : 3h30 pour traverser toute la ville en métro, une ville de plus de 130 kilomètres. Ce gigantisme ne m’intéresse pas, même si j’ai pris plaisir à découvrir tout de même les quartiers anciens, la vieille ville et les quartiers en périphérie.

Le Bund de Shanghai

Notre objectif était de toute façon bien fixé : La terre s’arrête, nous devons trouver le moyen de continuer notre voyage en auto-stop. L’avion-stop ? Pourquoi pas. Essayons d’abord de voir s’il est possible de traverser par la mer. Après m’être renseigné : aucun voilier ne fait le trajet en cette saison. Il ne nous reste qu’un seul choix pour la mer, la compagnie Shanghai Ferry Co. Ltd, le seul ferry faisant le trajet Shanghai > Osaka.

Je comprends rapidement que le seul moyen pour traverser est de rencontrer un responsable de la société. L’adresse en poche, nous nous rendons dans le quartier des entreprises, et montons au 15ème étage de ce Building, siège de la société Shanghai Ferry Co. Ltd. Les secrétaires nous reçoivent et je leur montre un texte traduit en chinois leur expliquant notre projet, la route que nous avons parcouru ainsi que l’enjeu écologique que nous défendons, mettant en avant notre défi de ne pas payer pour le transport. Nous sommes rapidement invités à entrer dans le bureau du PDG, M. Yu Zheng Hui qui nous reçoit et nous écoute présenter notre projet. Après une trentaine de minutes de discussion, il nous explique avoir bien compris nos intentions, qu’il doit rencontrer le patron de la société côté Japon le lendemain et qu’il nous tiendra au courant le surlendemain si ils acceptent notre requête. Il nous explique que si nous sommes acceptés, ce sera dans la classe la plus basse du bateau, et que nous devrons payer nos repas du midi et du soir. Je rigole intérieurement, pensant qu’il ne se rend pas compte que dormir sur le pont sous la pluie tout en balayant les sols aurait été pour moi un luxe.

Le suspens n’aura pas duré longtemps. Deux jours plus tard, nous sommes contactés par l’associé du PDG qui nous invite à venir dans l’entreprise, et nous apprennent la bonne nouvelle : nous embarquons le 4 décembre pour Osaka !

Billets en poche !

Heureux comme jamais, nous signons les papiers et obtenons nos deux sésames pour le pays du soleil levant. Nous prenons quelques photos souvenir et partons fêter ça avec Sehriban en nous accordant un petit cocktail d’Adieu pour la Chine que nous quittons deux jours plus tard.

La surprise de Yu Zheng Hui

Nous embarquons le 4 décembre, et présentons nos billets à l’hôtesse qui nous amène dans un dortoir de 6 lits en 3ème classe. Tout était parfait pour nous, mais nous ne savions pas ce qui allait se passer.

L’associé du PDG Yu Zheng Hui arrive en courant dans le bateau, et discute avec les hôtesses. Ces dernières viennent nous chercher et nous expliquent que nous sommes surclassés…en 1ère classe ! Nous montons 3 étages et sommes invités à rejoindre notre chambre double tout confort, salle de bain privée, grande fenêtre avec vue plongeante…Que dire, si ce n’est que la Chine aura sur nous montrer le meilleur d’elle chaque jour…谢谢中国 !

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La Chine et le gaspillage alimentaire :

Une tradition chinoise que j’ai du mal à respecter, est de laisser toujours quelque chose dans l’assiette. Nous nous sommes rendus compte que laisser de la nourriture dans l’assiette était bien vu chez les Chinois, ces derniers nous expliqueront que cela montre que la personne est riche et qu’elle peut se permettre d’acheter beaucoup de plats sans les finir. Cela montre aussi au cuisinier que la quantité était suffisante et que le client est rassasié. Pour ma part, même si cela n’est pas très bien vu, tant pis, j’ai toujours terminé mon assiette, cela me fait trop mal de savoir que la nourriture va être jetée. Les Chinois sont les rois du gaspillage alimentaire.

La Chine, les rois du crachat :

Que ce soit le matin, le midi, le soir, la nuit, qu’il pleuve, vente, neige, les Chinois crachent, partout, tout le temps. Vous marchez dans la rue, vous entendez ce gros raclement de gorge venu directement du fond des entrailles, suivi d’un mollard assez impressionnant pour vous couper l’appétit les prochaines heures. Cela ne me dérange pas, mais c’est un trait culturel à souligner, c’est atypique.

La Chine, la convivialité à table :

Une tradition que nous avons adoré, que nous avons assimilé, et que nous ramènerons en France, définitivement : Le partage à table. En Chine, vous ne commandez JAMAIS un plat pour vous tout seul. On commande plusieurs plats, et toutes les assiettes vont au milieu, et chacun picore avec ses baguettes. Seul votre bol de riz vous est attribué. C’est logique et nous semble tout à fait normal. Cela amène plus de convivialité, nous adopterons cette habitude à notre retour en France à chacun de nos repas.

Les scooters électriques en Chine :

Nous avons la curiosité d’entrer dans un magasin de scooter pour demander le prix d’un scooter électrique neuf (même modèle que celui en photo au début de l’article). 1200 Yuans (150 euros) sans immatriculation, 1500 yuans (170€) avec immatriculation. Nous comprenons pourquoi ce mode de transport est si développé : Les prix sont donnés.

La Chine et la dictature écologique :

Nous apprenons de la part de locaux que le président chinois désire rendre la Chine 100% électrique au niveau des voitures d”ici 2022. Ils nous expliquent que ce n’est pas une proposition au peuple, ni une suggestion, mais une affirmation dont le peuple n’a tout simplement pas le choix et doit se plier. D’après eux, ce n’est pas plus mal, pas de blabla, pas de discussions, le changement arrive, c’est comme ça, il faut s’y faire.

La Chine, vers une société matriarcale ?

En Chine, nous avons pu assister un nombre incalculable de fois à ces scènes surréalistes : des femmes frappant généreusement leur mari, en public. Pas la petite claque, pas le petit sermon, mais bien un tabassage dans les règles de l’art. D’abord choqués, nous avons posé la question à plusieurs personnes et récolté des témoignages quand à cette pratique assez surprenante, en voici deux :

  • Oui, c’est vrai que parfois les femmes sont très excitées, et elles sont capables de déballer le linge sale en public sans gène. C’est parfois impressionnant. A la base c’est une société patriarcale, mais il y a des changements énormes ces dernières décennies, et peut-être que les relations hommes-femmes ne sont pas encore bien régulées par rapport aux nouveaux paradigmes.”
  • Les femmes sont très violentes des fois oui ! Sur certain aspect les hommes sont très machos et très sexistes sur les répartitions des tâches ménagères, les enfants etc, mais par contre c’est très souvent la femme qui porte la culotte et parfois de manière violente et humiliante. Et en face de ça beaucoup de femmes se plaignent d’hommes trop “féminin”, trop “gniangnian”.

La Chine et son inquantifiable gentillesse.

Nous aurons appris de très nombreuses phrases en chinois, le nom de beaucoup d’aliments etc, mais il est une chose assez surprenante : nous sommes capables de dire en chinois toutes les phrases de remerciement possibles : “Merci pour votre aide”, “Merci pour l’invitation”, “Merci pour tout”, “Ne vous dérangez pas” etc., des phrases trahissant l’inquantifiable générosité chinoise, nous obligeant à répéter ces phrases des dizaines de fois chaque jour, pratique pour apprendre des phrases en chinois ! On distingue la gentillesse de la politesse, qui elle, oblige les gens à être serviable par simple soucis de paraître. Les Chinois que nous avons rencontré sont gentils, tout simplement.

La Chine et les chiens ?

S’il est vrai que la Chine est tristement célèbre de part le monde pour manger du chien, dans les faits, c’est bien différent. C’est très rare et nous avons vu seulement 3 fois du chien séché devant des restaurants en plus de 6000 kilomètres. La tradition se perd de plus en plus et se retrouve surtout dans les régions reculées, l’écrasante majorité des Chinois étant contre la consommation de chien. A côté de ça, les Chinois sont fanas de chiens de compagnie, dont ils semblent prendre très soin et différencient des chiens d’élevage à titre de consommation. Le caniche est une race très présente en tant qu’animal de compagnie.

Du chien séché, pour la consommation.

 

 

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6 Comments

  1. Eh bien voilà qui remet les pendules à l’heure des idées reçues! Belle visite Pékinoise…
    Bonne visite à la Grande Muraille…

  2. Merci pour ce récit ! Quelle belle aventure ! Ça me fait plaisir de lire que les Chinois sont extrêmement gentils et accueillants. Après plusieurs voyages en Chine , je suis toujours agréablement surpris par leur gentillesse .
    Concernant la surveillance très active de tout le monde, ça ne me choque pas plus que ça car, d’une part je n’ai rien à cacher, et d’autre part, ne le somme nous pas tout autant en Occident avec nos cartes de crédit et nos smartphones ? ( Au moins , en Chine, c’est clairement annoncé !)
    Seul petite contradiction avec vous : pour ma part, la meilleure cuisine Chinoise , c’est dans le Zhejiang!

    • Terence Reply

      Hello Stéphane, heureux de lire que nous ne sommes pas les seul à avoir adoré la chine. Moi non plus la surveillance ne me pose aucun soucis, comme tu dis, on n’a rien a cacher!
      La nourriture dans la région du Zhejiang était absolument exquise c’est vrai ! En fait, on s’est régalé partout en Chine !

  3. Super, merci, vous nous donnez enfin envie d’aller en Chine ! Ce n’était pas sur notre liste pour le moment mais là !

    • Terence Reply

      Hello Chris ! Clairement n’hésite pas, tu vas apprécier !

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